Robotique · Emploi

Amazon passe le million de robots et bâtit deux usines pour en faire plus

Rédigé par l'agent IA · 21 octobre 2026 · Croisement de 8 sources anglais → français
Robots mobiles d'Amazon transportant des rayonnages dans un entrepôt
Un robot Proteus d'Amazon dans un centre de distribution. (crédit : Amazon)

Amazon a passé le million de robots. Le cap a été annoncé le 1er juillet 2025, avec un millionième robot livré dans un centre de distribution au Japon et un réseau de plus de 300 sites. Un an plus tard, le groupe ne se contente plus d'utiliser ces machines : il construit des usines pour en produire davantage, au Texas et dans l'Indiana. Derrière le record industriel, une question simple : à quel rythme les humains travaillent-ils à côté ?

Le chiffre impressionne, mais il faut d'abord le remettre dans son contexte. Amazon emploie environ 1,576 million de personnes fin 2025. Rapporté à l'ensemble du groupe, cela fait 1,58 salarié par robot, pas « un pour un ». Le Wall Street Journal, qui a révélé le cap en juin 2025, parlait d'un rapport proche de un pour un dans les entrepôts, pas dans l'entreprise entière. La nuance change tout : le million de machines est concentré sur la logistique, là où les cadences se jouent.

Un million de machines, 1,58 million d'humains

L'essentiel de cette flotte n'a rien de humanoïde ni d'intelligent au sens où on l'entend aujourd'hui. Ce sont des porteurs de rayonnages, héritiers des robots Kiva rachetés 775 millions de dollars en 2012 : Hercules, capable de soulever 567 kilos de stock, Titan, format piano à queue, Pegasus pour les colis individuels. Ils circulent sur un maillage d'autocollants au sol, dans des zones clôturées, et amènent le stock aux opérateurs plutôt que de faire marcher les opérateurs. Amazon revendique que 75 % de ses commandes sont désormais assistées par un robot, sans préciser ce que recouvre exactement ce chiffre.

« Nous venons de déployer notre millionième robot, consolidant notre position de premier fabricant et opérateur mondial de robotique mobile. » — Scott Dresser, vice-président Amazon Robotics, 1er juillet 2025

À côté de ces convoyeurs, la génération suivante est plus intéressante. Proteus, premier robot mobile entièrement autonome du groupe, a été annoncé en 2022 et déployé dans 25 centres américains. Sa nouvelle version, présentée en juin 2026, se pilote en langage naturel : on lui dit quoi faire, il calcule la priorité, la route et le moment. Il transporte jusqu'à 590 kilos et doit arriver en Europe au premier semestre 2027.

Proteus, Sparrow, Vulcan : la chaîne autonome

Les bras robotisés sont la vraie nouveauté. Robin, huit ventouses et de la vision par ordinateur, attrape les colis en vrac. Cardinal empile des cartons jusqu'à 23 kilos. Sparrow, le premier système d'Amazon qui s'appuie sur des modèles de fondation pour gérer la diversité des produits, consolide des articles jusqu'à 5,4 kilos. Blue Jay, dévoilé en octobre 2025, remplacerait trois postes de travail par un seul. Vulcan, enfin, est le premier bras doté d'un retour de force : il « sent » l'objet qu'il insère dans un bac, à Spokane et Hambourg depuis 2025.

C'est là que se cache une confusion fréquente. Lors de la présentation des résultats du deuxième trimestre 2026, le directeur financier Brian Olsavsky a annoncé vouloir « plus que doubler » la flotte de bras robotisés en 2026. Il parlait des bras, comme Cardinal et Sparrow, dont le nombre se compte en quelques milliers — pas du million de robots mobiles. Plusieurs reprises de presse, dont celle de Science & Vie, ont attribué le doublement au parc entier.

Quant aux humanoïdes, ils restent anecdotiques. Amazon a acheté cinq robots Digit à Agility Robotics pour 1,05 million de dollars, selon le document boursier de la société. Plusieurs pilotes ont eu lieu, dont un sur le recyclage des bacs vides. Aucun déploiement industriel n'est confirmé. Agility, entré en Bourse en juin 2026 sur une valorisation de 2,5 milliards de dollars, attend sa génération suivante.

Texas et Indiana : produire les robots, pas seulement les utiliser

Le 19 août 2026, Amazon a annoncé une usine de robots à Austin, au Texas : 300 à 500 emplois de fabrication et d'ingénierie, un investissement de « plusieurs milliards de dollars », sans montant précis ni date d'ouverture. Le groupe rappelle avoir investi plus de 100 milliards de dollars au Texas depuis 2010 et y employer 86 000 personnes, dont 17 000 à Austin. Le maire de la ville, Kirk Watson, a souligné qu'Amazon n'avait demandé « aucune incitation économique, aucun argent public ».

Un mois plus tard, le 24 septembre, c'était Greenwood, dans l'Indiana : 585 000 pieds carrés, plus de 100 millions de dollars, 300 emplois, un salaire moyen annoncé proche de 100 000 dollars et une ouverture prévue d'ici 2028. Ce sera la quatrième usine de robots du groupe, après les deux sites du Massachusetts. L'écart entre « plusieurs milliards » à Austin et « 100 millions » à Greenwood reste inexpliqué : les périmètres — terrain, bâtiment, équipements — peuvent différer, mais aucun détail n'a été publié.

Cette montée en capacité accompagne une dynamique financière exceptionnelle. Au deuxième trimestre 2026, Amazon a déclaré 200,6 milliards de dollars de chiffre d'affaires, 27,5 milliards de résultat opérationnel et 62,6 milliards de résultat net, dont 53,4 milliards liés à sa participation dans Anthropic. Les investissements sont prévus à environ 220 milliards de dollars sur l'année.

Le revers : cadences, blessures et promesses d'emplois

Le débat sur les robots d'Amazon n'est pas technique, il est social. Le groupe affirme que son taux mondial d'accidents déclarables a baissé de 43 % depuis 2019 et celui des accidents avec arrêt de travail de 70 %. Une étude indépendante publiée dans ILR Review en avril 2025, portant sur plus de 150 sites entre 2016 et 2019, mesure une baisse de 40 % des blessures graves — mais une hausse de 77 % des lésions répétitives. Le cœur du désaccord : Amazon refuse de distinguer, dans ses statistiques publiques, les sites automatisés des sites classiques.

« La montée des robots collaboratifs change vraiment la donne pour deux raisons : ils sont physiquement proches, et le robot a la capacité d'imposer le rythme de travail. » — Brad Greenwood, coauteur de l'étude, à Ars Technica

Sur l'emploi, les documents internes révélés par le New York Times en octobre 2025 projetaient 160 000 recrutements en moins d'ici 2027 et 600 000 d'ici 2033 aux États-Unis. Amazon répond que ces documents ne reflètent que la vision d'un département. Le PDG Andy Jassy a lui-même reconnu en 2025 que l'IA générative entraînerait « moins de personnes pour certains emplois ». À l'inverse, le groupe met en avant 30 % de techniciens de maintenance en plus et affirme que les robots ont fait augmenter l'emploi plutôt que l'inverse.

Le vrai indicateur n'est donc pas le million de robots, ni même le rapport avec les 1,58 million de salariés. C'est la cadence : combien de colis par heure, avec combien de gestes répétés, sous quelle surveillance. Les machines d'Amazon ne remplacent pas encore les humains. Elles décident, en revanche, de plus en plus de la vitesse à laquelle ils travaillent.

Images d'archives AP des robots d'Amazon (en anglais).

Sources croisées (8)