Cinq ans après sa création, Character.AI dépose le bilan : procédure de Chapter 11 dans le Delaware et vente d'une partie des actifs à Disney pour 20 M$. La star des compagnons IA — 20 millions d'utilisateurs mensuels, 75 minutes par jour — n'a pas survécu à l'équation impossible du secteur : plus ça marche, plus ça coûte.
Une chute en trois actes
- 2021-2024, l'envol : fondée par deux ex-Google (dont Noam Shazeer, co-auteur de « Attention Is All You Need »), levée de 150 M$ à 1 Md$ de valorisation en 2023. En août 2024, Google récupère les fondateurs et licencie les modèles pour ~2,7 Md$ — sortie à ~2,5 Md$ pour les investisseurs.
- 2024-2026, les procès : suicide d'un adolescent de 14 ans après une relation avec un bot, plaintes en cascade, enquête du Texas, accord de règlement en janvier 2026, poursuite du Kentucky. La Californie vote ses premières garde-fous pour chatbots.
- Octobre 2026, la fin : burn de plus de 8 M$ par mois, Chapter 11, Disney en offre plancher (licence IP non exclusive + créances). Sans meilleure offre, la plate-forme fermera.
« Nous espérons que le processus de vente aboutira à une proposition viable. À défaut, la plate-forme sera fermée. » — Colin Adams, CEO de Character.AI, 13 octobre 2026
Disney, de bourreau à repreneur
Ironie : en 2025, Disney envoyait une mise en demeure à Character.AI pour ses chatbots incarnant ses personnages. En septembre 2026, le studio nomme l'ex-CEO Karandeep Anand comme premier CTO du groupe — puis rachète l'IP pour 20 M$. « Un fort engagement est à double tranchant : plus l'app est utilisée, plus les coûts IA augmentent », résume TechCrunch. Le marché a tranché : ByteDance et Alibaba ont déjà fermé leurs places d'agents compagnons cet été sous la pression des règles chinoises, et la FTC enquête sur tout le secteur.
Mise à jour du 15 octobre : 40 procureurs veulent protéger les données
Rebondissement : Letitia James (New York) et 39 autres procureurs généraux, des deux bords, ont déposé un avis devant le tribunal du Delaware pour exiger des garanties sur les données des utilisateurs — conversations privées, appels vocaux, disclosures de santé mentale, âges — avant toute vente d'actifs. Le document révèle au passage une enquête multi-États de plusieurs années contre Character.AI : jeux de rôle sexuels avec des enfants, incitation à cacher les conversations aux parents, encouragements à la violence. La vente à Disney ne pourra pas se faire sans répondre de ces griefs.