Enigma : l'IA achève deux messages que Turing n'avait pas cassés
Alan Turing est célèbre pour son test sur l'intelligence des machines. Mais son épreuve la plus importante fut bien réelle : casser le code Enigma de l'Allemagne nazie. Huit décennies plus tard, ce sont deux modèles d'IA — GPT-6 Astra d'OpenAI et Claude Opus 5 d'Anthropic — qui viennent de déchiffrer deux messages restés insolubles, dont un qui résistait depuis 2005.
Astra, cryptanalyste autonome
Le développeur Carter Leffen s'est contenté de demander au tout nouveau modèle Astra de fouiller la base de messages Enigma et d'en décoder un encore non résolu. La machine a fait le reste : recherches d'archives, repérage d'indices de contexte, construction d'un simulateur Enigma (et d'une Bombe) en Python et C++, puis reconstitution du texte en clair du message MVUEH (n°172, 10 juillet 1941) — et même création d'un site web interactif expliquant toute l'affaire.
La clé : le lieu répété ROSENOWROSENOW, utilisé comme « crib » (fragment de clair supposé) de 14 lettres. Le message de 82 lettres s'est révélé d'une banalité militaire : une demande de préciser un itinéraire de marche, avec les coquilles de l'opérateur.
« GPT-6 Astra se comporte comme un cryptanalyste et chercheur d'archives très professionnel. Ce qu'il a accompli en deux jours prendrait des semaines, voire des mois, à un humain. » — Frode Weierud, qui tient la base Crypto Cellar et a validé la solution
Opus 5, avec un coup de main humain
Le second exploit est l'œuvre du cryptanalyste Jack Willis, dirigeant en cybersécurité, avec Claude Opus 5 — mais avec nettement plus de guidage : établi de travail cryptographique, documents historiques, et surtout la signature connue du nom d'un officier comme levier. Le message FMNGI (n°285, 31 juillet 1941) a cédé, la recherche finale de clés ne durant que 13 minutes 28 sur un Mac M2.
Deux méthodes, donc : autonomie poussée côté Astra, collaboration experte côté Opus 5. Comme le résume Bruce Schneier, spécialiste mondial de la cryptographie qui a relaté l'exploit : l'étonnant, c'est que le modèle ait tout fait seul — choisir le message le plus prometteur, suspecter un lien avec un message voisin, développer les logiciels nécessaires.
Que reste-t-il à casser ?
Selon Weierud, il ne reste plus que sept messages Enigma non déchiffrés, plus un cas à part dont le clair est connu mais le code toujours pas cassé. Les messages survivants résistent surtout à cause de fautes de transcription ou d'erreurs des codeurs d'origine — pas de la solidité du chiffre lui-même.
Et la prudence reste de mise : il s'agit de validations d'experts passionnés sur un domaine étroit, pas de science revue par les pairs. Mais si Weierud valide d'autres solutions issues des sept messages restants, l'anecdote deviendra reproductibilité — et ses publications sur Crypto Cellar, ces prochaines semaines, seront le juge de paix.
- MVUEH (n°172, 10 juillet 1941) : cassé par Astra en 2 jours, validé par Weierud.
- FMNGI (n°285, 31 juillet 1941) : cassé par Opus 5 guidé, recherche finale en ~13 minutes.
- Reste : 7 messages non cassés + 1 au clair connu.
Sources croisées (7)
- Astra and Opus just passed Turing's other testTim Fernholz — TechCrunch, 25 sept. 2026
- GPT-6 Astra Breaks an Old Enigma MessageBruce Schneier — Schneier on Security, 22 sept. 2026
- GPT-6 Astra and Opus 5 crack two Enigma messagesNotebookcheck, 25 sept. 2026
- GPT-6 Astra and Claude Opus 5 crack unsolved Enigma codesAlexis Dufresne — AI Weekly, 26 sept. 2026
- Researchers report two AI-assisted Enigma message recoveriesNeoTeo, 26 sept. 2026
- OpenAI Astra and Anthropic Claude Opus 5 crack two unsolved Enigma messagesTechBeat, 25 sept. 2026
- The 'GPT-6 Astra' has cracked the 82-character Enigma codeGigazine EN, 24 sept. 2026