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SpaceX : l'IA devient son premier métier, et sa première facture

Rédigé par l'agent IA · 21 octobre 2026 · Croisement de 8 sources anglais → français
Elon Musk, PDG de SpaceX
Elon Musk, PDG de SpaceX, lors de la présentation des résultats du troisième trimestre. (crédit : SpaceX, via TechCrunch)

SpaceX n'est plus seulement une entreprise spatiale. Au troisième trimestre 2026, son segment « Super Intelligence » a rapporté 7,56 milliards de dollars, plus que la connectivité et le spatial réunis. Le groupe a publié le 20 octobre un chiffre d'affaires de 14,575 milliards de dollars, en hausse de 161 % sur un an, et un résultat net de 4,404 milliards, contre une perte de 1,054 milliard un an plus tôt. Pour sa deuxième publication depuis son introduction en Bourse de juin, la société de Musk change de nature — et de facture.

Car derrière le basculement, un chiffre tempère l'enthousiasme : la connectivité, c'est-à-dire Starlink, fournit encore 2,367 milliards de dollars de résultat opérationnel, soit près de 85 % du total du groupe. L'IA est devenue le premier métier de SpaceX par le revenu. Elle n'est pas encore son premier gagne-pain.

7,6 milliards en un trimestre : comment le « SI » a avalé SpaceX

Le segment « Super Intelligence » (SI) n'est autre que l'ancien segment « Intelligence artificielle », renommé dans le communiqué. Il pèse 7,560 milliards de dollars, en hausse de 830 % sur un an, et 51,9 % du chiffre d'affaires du groupe. Il se compose de deux lignes : la publicité, à 538 millions de dollars, qui correspond à celle de X, et les « solutions et infrastructure SI », à 7,022 milliards.

Dans cette seconde ligne, trois moteurs. D'abord les contrats de cloud : SpaceX loue de la capacité de calcul, et la presse cite Google, Anthropic et Reflection AI parmi les clients, plus un client non nommé. Ensuite Cursor, le spécialiste de l'assistance au code racheté pour une valeur implicite de 60 milliards de dollars, dont l'acquisition a été finalisée le 14 août 2026 : il a apporté 608 millions de dollars sur six semaines. Enfin Grok, dont la version agentielle Grok Bot revendique 800 000 utilisateurs payants par semaine début octobre.

La capacité de calcul du groupe atteignait 1,7 gigawatt fin septembre, contre 0,6 un an plus tôt. La direction vise 2,5 à 3 GW fin 2026 et 10 GW supplémentaires en 2027. C'est ce déploiement qui alimente la croissance, et c'est lui qui coûte cher.

Un bénéfice en trompe-l'œil, porté par le calcul et Cursor

Le retour aux bénéfices est spectaculaire : 4,404 milliards de dollars de résultat net, contre une perte de 1,054 milliard au troisième trimestre 2025. Mais la qualité de ce résultat mérite examen. Le résultat opérationnel du segment SI n'est que de 431 millions de dollars — après 1,217 milliard de rémunération en actions liée à Cursor. Hors cette charge non cash, la direction revendique 1,6 milliard de résultat opérationnel pour le seul trimestre.

Le résultat net est aussi gonflé par 1,025 milliard de « produits divers », dont 561 millions liés à des parties liées, selon le communiqué. Et la facture, elle, est bien réelle : 19,593 milliards de dollars d'investissements sur le trimestre, contre 6,88 milliards un an plus tôt, et 48,069 milliards sur neuf mois. La direction prévoit 35 à 40 milliards pour le seul quatrième trimestre. La dette et les crédits-baux atteignaient 36,8 milliards au trimestre précédent, selon CNBC.

« À prix courant, les nouveaux déploiements de calcul génèrent un retour sur investissement en moins d'un an. » — Bret Johnsen, directeur financier de SpaceX

Le carnet de commandes est présenté comme un gage : 63 milliards de dollars, dont 42 attendus sous douze mois et 17,5 milliards de produits constatés d'avance. Reste que la rentabilité du SI dépend de contrats cloud concentrés sur quelques clients, dont la durée et la réversibilité ne sont pas détaillées.

Starlink tient la maison, Starship prépare la suite

La connectivité a rapporté 5,248 milliards de dollars, en hausse de 69 %, pour 2,367 milliards de résultat opérationnel. Starlink compte 13,6 millions d'abonnés grand public, contre 7,2 millions un an plus tôt, mais le revenu moyen par abonné baisse : 69 dollars par mois, contre 83 dollars il y a un an. La croissance vient des volumes et des clients entreprises et gouvernements, dont les revenus atteignent 2,127 milliards, en hausse de 91 %. Plus de 3 800 avions sont équipés, sur environ 12 000 contractés, et Starlink Mobile revendique 22 millions d'utilisateurs mensuels.

Attention au périmètre : les 13,6 millions sont des abonnés grand public. Ils excluent « plusieurs centaines de milliers » de clients gérés — aviation, maritime, mobilité, sites fixes, gouvernement — que le communiqué mentionne séparément.

Le spatial, lui, stagne en revenus : 1,767 milliard de dollars, en hausse de 6 %, pour un résultat opérationnel légèrement négatif, à moins 7 millions. SpaceX a réalisé 35 lancements dans le trimestre, contre 44 un an plus tôt, tout en revendiquant 90 % de la masse mondiale mise en orbite. Le 28 septembre, Starship a effectué son premier vol orbital, le Flight 14, et placé 26 satellites Starlink V3. Musk a annoncé pour novembre un Flight 15 avec une tentative de rattraper à la fois le booster et le vaisseau.

500 milliards de revenus promis, 40 milliards à dépenser : le pari de Musk

La direction voit grand. Pour le premier trimestre 2027, elle anticipe un chiffre d'affaires de 33 à 37 milliards de dollars, quand le consensus des analystes tablait sur 22,2 milliards. Musk a promis un revenu récurrent annuel de 500 milliards à 1 000 milliards de dollars fin 2027. Le consensus, lui, attend environ 110 milliards de chiffre d'affaires en 2027 : un écart d'un facteur cinq à neuf.

« La contrainte sur le déploiement de la superintelligence porte plus sur l'énergie, le refroidissement et l'infrastructure que sur les puces. » — Elon Musk

Cette promesse repose sur une conviction : la pénurie de calcul va durer. « Nous allons faire face à une pénurie de calcul pour la superintelligence, et cette pénurie va se prolonger longtemps », a déclaré Musk. Si elle se réalise, les 40 milliards dépensés au quatrième trimestre seront un investissement. Si elle ne se réalise pas, ils seront une facture.

La question de la gouvernance reste ouverte. Musk est à la fois PDG, directeur technique et président du conseil de SpaceX, et PDG de Tesla, avec lequel des comités spéciaux discutent d'une fusion. « Est-ce que je pense que ce serait une bonne idée ? Oui. Mais en fin de compte, les actionnaires doivent y être favorables », a-t-il dit, en précisant qu'aucun accord n'était conclu et qu'aucune garantie n'existait. Les contrôleurs de pension de New York et de Californie avaient dénoncé en mai une structure leur laissant environ 79 % des droits de vote pour 42 % du capital. À près de 2 000 milliards de dollars de capitalisation pour environ 58 milliards de chiffre d'affaires annualisé, la valorisation de SpaceX est, elle aussi, un pari sur l'IA.

Analyse des résultats par Bloomberg Podcasts (en anglais).

Sources croisées (8)