Les deux origines du robot
La machine appelée robot est lhéritière de deux courants didées longtemps éloignés lun de lautre et qui nont fusionné que récemment.
Lun de ces courants part du principe que le robot doit se substituer totalement à lhomme dans lexécution dune tâche (ou de tâches) pour laquelle (lesquelles) on la en quelque sorte programmé. Le rôle de lhomme se limite à ordonner le départ de lexécution de la (ou des) tâche(s). On parle alors de robot de substitution . Ses ancêtres sont nombreux mais relèvent soit du mythe comme la femme en or forgée par Vulcain, les golems du Moyen Âge et, en général, les deus ex machina , quelle quen soit la date dapparition , soit de la notion dautomate comme les mécanismes de Vaucanson ou de Jacquet Droz, aux immuables gestes cycliques.
Lautre courant est tout aussi ancien. Il prend sa source dans la notion doutil, prolongement de lhomme, autorisant ce dernier à exécuter des tâches impossibles ou dangereuses à mains nues. Parmi ces outils, ceux qui conservent les propriétés de manipulation jouent un rôle particulier. Cest ainsi que lévolution des outils de préhension, cest-à-dire des pinces, a conduit au robot de coopération . Létape décisive sest inscrite entre les deux dernières guerres mondiales, lorsquon a pris conscience du caractère terriblement dangereux des produits radioactifs dont il fallait étudier la physique et la chimie. Lamélioration des pinces permettant de travailler à labri dune paroi a conduit à lapparition des systèmes de téléopération qui sont restés cantonnés dans les applications nucléaires jusquaprès 1970.
Du point de vue de la recherche, la fusion des deux courants a été concomitante de la constatation de deux phénomènes opposés.
Du côté des robots de substitution, utilisés principalement pour la production (robots dits industriels), les concepteurs ont pris conscience, dès les premières applications concrètes, quon était très loin dun comportement imitant convenablement le comportement humain, qui se caractérise par une grande capacité à faire face aux perturbations. Cette propriété est issue de la présence chez lhomme dun cerveau et de capteurs les sens très puissants. Dès lors, deux réactions se sont manifestées. La première concerne les tentatives de perfectionnement devant aboutir à des robots dotés de dextérité et d" intelligence ". Mais la route savère très longue pour atteindre en pratique un tel objectif. Dailleurs, la seconde réaction a conduit à proposer une possibilité daction de lhomme sur la commande du robot en fonctionnement afin de pallier de temps à autre ses insuffisances. Ce concept se nomme supervision .
Du côté des robots de coopération téléopérés par lhomme, le développement des minicalculateurs puis des microprocesseurs a permis dadjoindre à lopérateur humain une sorte de second cerveau lassistant dans la conduite du système et le soulageant dans lexécution de quantité de sous-tâches impliquées dans la tâche principale visée. À mesure des progrès réalisés, lhomme se dirige là aussi vers une position de superviseur .
La recherche fondamentale sapplique donc aussi bien aux robots dits de substitution quaux robots dits de coopération. On pense arriver à des résultats concrets à moyen terme en travaillant sur le concept de supervision. Le robot capable dexécuter seul des tâches complexes dans des environnements mal connus ne sera opérationnel quà long terme.